un terroir nommé Becker

Salut les baltringues,

Comme un métronome, Jean Becker nous livre son film du printemps. Il sort en général tous les deux ans le premier ou second mercredi de juin. Cette fois-çi, c’est avec Patrick Chesnais et la très chouette Jeanne Lambert. Le titre: « Bienvenue parmi nous », un peintre en forte dépression, malgré l’affection de ses proches , « pète un câble » retrouvant gout à la vie et au travail grâce à la rencontre d’une ado paumée (cela rappelle le début de « Deux jours à tuer » ). Belle et très tendre histoire aux dialogues ciselés et justes. Miou-Miou et Jacques Weber font tous deux une prestation réussie. Malheureusement, comme souvent chez Becker, c’est filmé en dépit du bon sens. C’était déjà le cas dans son précédent film, « La tête en friche » (2010) avec Depardieu (très « comme à la maison ») et la délicieuse Gisèle Casadessus (95 ans au compteur). Petit flash-back sur la carrière d’un des cinéastes français les plus populaires.

En effet, Jean Becker aligne ,depuis « L’été meurtrier » (1983) avec Isabelle Adjani, Alain Souchon et Michel Galabru, succès sur succès au box-office.

Donc qui dit succès, en France, dit louche voir  suspect. En tout cas, cela provoque des critiques et de la jalousie.

Dans le désordre: « ça respire les bons vieux sentiments ! »; « …c’est franchouille ! »; « ohlala mais que c’est vieux et ça sent la naphtaline ! »« …c’est pétainiste ! » ( Serge Kasanski de la revue « Les Inrockuptibles » l’a dit aussi pour « Amélie Poulain » de Jean-Pierre Jeunet (2001)); « …toujours la même histoire… » (c’est faux); « c’est la même affiche ! » (pas faux); « …c’est la France Profonde »…etc

Bon. Peut-être…ça se discute sur certains points  mais trouver « Les Enfants du marais » (1999) pétainiste est insultant et blessant (en plus, cela fait très  » mots d’auteur » et Kasanski est loin d’en être un !) . Par contre, on oublie de souligner deux choses importantes dans la filmographie de Becker : la qualité de ses scénarios et de ses dialogues (souvent adaptés de romans), et le choix de son casting. Il a donné de très beaux rôles  à Jacques Villeret, Isabelle Adjani, André Dussolier, Albert Dupontel, Jean-Pierre Daroussin ou Vanessa Paradis, Suzanne Flon et Gérard Depardieu.

Oui c’est français, en province, souvent des » petites gens élevés aux grains et en plein air » qui boivent des coups et ronronnent dans la nature. Ca sent bon le joli terroir, les parfums, les boutanches au frais et la pêche aux grenouilles ou à l’écrevisse. C’est un hymne à la franche camaraderie et à l’amitié. Cela rappelle, parfois, certaines scènes des films de Jean Renoir et de Julien Duvivier (« La Grande Illusion »; « La Belle Equipe »…).

Mais pas quand c’est le portrait d’un publicitaire-quadra, au bord la dépression, qui « pète un câble » et s’en va mourir, auprès de son père ,dans « 2 jours à tuer » (2008). Ou Adjani, dans « L’été meurtrier », qui respire la vie au début mais vire au cauchemar et à la folie ensuite.

Ce que je reproche plutôt au cinéma de Jean Becker, c’est la facture de ses films que je trouve de plus en plus poussiéreuse et pas toujours heureuse (les cadres et la décoration font très « carton pate »). La lumière, sur ses derniers films, est plutôt moche (en progrès sur le dernier mais c’était mieux du temps d’Etienne Becker, frère et chef opérateur de Jean). Sinon, j’aime bien. Qu’on le veuille ou non, Becker a un style, « une patte ». C’est un vrai cinéaste.

Publicités

Hommage à Tonton Georges Lautner (1926-2013)

Hello les baltringues,

Je voudrais revenir sur un cinéaste qui n’est en rien maudit mais qui, je trouve, n’a pas sa juste place auprès du cinéma français, les critiques (enfin pour ce qu’il en reste !) le jugeant mineur et sans grand interêt, je veux parler de Georges Lautner. Né en 1926 et fils de la comédienne Renée Saint-Cyr, Lautner a commencé à réaliser en 1958 avec « La Môme aux boutons ». Il ne tourne plus depuis 1996, n’ai pas aigri, a connu énormément de succès populaires, a fait beaucoup d’entrées (environ 50 millions rien qu’en France !!), tournant avec les plus grosses vedettes du cinoche (Gabin; Ventura, Bernard Blier, Paul Meurisse, 5 Belmondo; 2 Delon, Mireille Darc « sa petite soeur » à profusion,Louis De Funès, Francis Blanche, Michel Constantin, Darry Cowl Pierre Richard, Galabru; Serrault; Jean Yanne, Schmoll; Miou-Miou; Lanvin, Marielle et et et ne l’oublions pas, s’il vous plait, MONsieur Jean Lefèvre). Il a formé de nombreux techniciens (Bertrand Blier fut son assistant et lui a écrit le scénario et les dialogues de l’excellent « Laisse allez, c’est une valse », dialogues qui renvoient régulièrement à ceux d’Audiard mais annonçant déjà « la patte Blier » des « Valseuses »; « Buffet froid » ou « Tenue de soirée »). Tout n’est pas bon chez Lautner. Loin de là ! De « La Maison assassinée » (avec PatriIcKK !!!) au remake de « L’Inconnu dans la maison » avec Bébel; en passant par « Triplex » (avec Patrick Chesnais), « Room service » (avec Serrault et Galabru), « La vie dissolue de Gérard Floque » (avec Roland Giraud) ou « Joyeuses Paques » (adaptation poussive de la pièce de Jean Poiret avec (re)Bébel et et et…ahahaha Sophie Marceau…), on frise souvent le nanar de chez nanar !…du bien gras, le tout arrosé d’un rouge qui tache ! On aime déjà plus, « Est-ce bien raisonnable », « Attention, une femme peut en cacher une autre » ou les cascades de Bébel dans « Flic ou voyou » ou dans « Le Guignolo » (ah la scène de l’hélicoptère au-dessus de Venise !).Mais ce que je préfère c’est quand Lautner nous fait la série des Monocles avec Paul Meurisse, les films comme « Ne nous fachons pas », « Le Pacha » (sur une musique de Gainsbourg), « La Grande Sauterelle », « La Valise », « Mort d’un pourri » (excellent polar produit et interprété par Delon avec aussi Maurice Ronet, Jean Bouise, Michel Aumont et Stéphane Audran), « Les Barbouzes » ou « Laisse allez, c’est une valse ». Oui dans ces films, il y a « une patte », « une griffe Lautner ». Par son rythme, son découpage et son montage elliptique. Par son ton « décalé »aussi, loufoque et « très bande dessinée ». Y’a des tronches (et des pifs !), des situations comiques souvent droles et un esprit potache très frais et jubilatoire qui se ressent chez les interprêtes. Vous pensez et vous vous dites…mais il n’a même pas parlé des « Tontons flingueurs » ?!?..je rêve ou quoi ?!?….mais c’est lui, étasoeur, le baltringue ! Mais non, les loulous, j’ai pas oublié « Les tontons »…film culte et inter-générationnel (de temps en temps exploité en salle et surtout archi-rediffusé à la télé !). Dire que la Gaumont ne croyait pas en ce film et a donné « le minimum syndical » à Tonton Georges. Avec obligation de tourner dans une maison, située à Rueil-Malmaison, car louée à l’année par la compagnie au logo de la marguerite. Avec une cuisine minuscule ! Démerdes-tois Georges ! Comme quoi les contraintes, des fois, ça a du bon ! Salut Monsieur Lautner, profitez de votre soleil niçois et merci de nous avoir fait bien marré.