en vrac 128 – spécial Pierre Mondy

Salut les loulous,

« en vrac » est en deuil et sera principalement consacré au décès de Pierre Mondy.

Pierre Cuq, né le 10 février 1925 à Neuilly-sur- Seine, dit Pierre Mondy est donc mort hier matin à 87 ans. Plus de soixante de carrières: sur les planches, au cinéma et à la télévision en tant qu’acteur ou à la mise en scène. Il est parti rejoindre ses potes Serrault, Poiret; Maillan; Lamoureux, Simone et Montand. Il a tourné avec Jean Becker (« Rendez-vous de juillet »); Abel Gance (« Austerlitz » où il interprétait Napoléon); Henri Verneuil (« Week-end à Zuydcoote » avec son pote Belmondo); « Yves Robert (« Bébert l’omnibus »; « Les Copains ») ou Molinaro (« Le téléphone rose »). Il a mis en scène au théâtre  « Oscar » avec de Funès; « La Cage aux folles » (jouée durant des années dont cinq par Poiret et Serrault); « Lily et Lily » avec Jacqueline Maillan; « Le Dîner de con » que Villeret jouera 3 ans et demi; des Feydeau…et j’en passe et des meilleurs !! J’ai eu la chance de travailler avec lui sur 2 épisodes des « Cordier, juge et flic » pour Tf1 (série qui dura 13 ans) et ai pu apprécier sa grande culture (notamment sur le jazz et le polar), sa gentillesse, son humour taquin et un sens incontestable du rythme. Combien de fois a-t-il sauvé une scène extrêmement mal écrite et pas crédible en proposant d’inverser une réplique où d’y caser un silence. Très soucieux de ses partenaires, il avait le sens de la troupe et en était le meneur s’en la ramener. Très populaire, pour entre autres, la série « La Septième Compagnie » de Robert Lamoureux, il a cotoyé régulièrement les succès voir les triomphes. Je resterai sur ce souvenir: je le ramenais en voiture chez lui, du côté du Trocadéro, le pianiste Oscar Peterson passait sur Jazz à Fip, Pierre Mondy m’en parla durant tout le trajet me conseillant tel album à écouter. Grande classe !!! Tchao Pierrot.


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un terroir nommé Becker

Salut les baltringues,

Comme un métronome, Jean Becker nous livre son film du printemps. Il sort en général tous les deux ans le premier ou second mercredi de juin. Cette fois-çi, c’est avec Patrick Chesnais et la très chouette Jeanne Lambert. Le titre: « Bienvenue parmi nous », un peintre en forte dépression, malgré l’affection de ses proches , « pète un câble » retrouvant gout à la vie et au travail grâce à la rencontre d’une ado paumée (cela rappelle le début de « Deux jours à tuer » ). Belle et très tendre histoire aux dialogues ciselés et justes. Miou-Miou et Jacques Weber font tous deux une prestation réussie. Malheureusement, comme souvent chez Becker, c’est filmé en dépit du bon sens. C’était déjà le cas dans son précédent film, « La tête en friche » (2010) avec Depardieu (très « comme à la maison ») et la délicieuse Gisèle Casadessus (95 ans au compteur). Petit flash-back sur la carrière d’un des cinéastes français les plus populaires.

En effet, Jean Becker aligne ,depuis « L’été meurtrier » (1983) avec Isabelle Adjani, Alain Souchon et Michel Galabru, succès sur succès au box-office.

Donc qui dit succès, en France, dit louche voir  suspect. En tout cas, cela provoque des critiques et de la jalousie.

Dans le désordre: « ça respire les bons vieux sentiments ! »; « …c’est franchouille ! »; « ohlala mais que c’est vieux et ça sent la naphtaline ! »« …c’est pétainiste ! » ( Serge Kasanski de la revue « Les Inrockuptibles » l’a dit aussi pour « Amélie Poulain » de Jean-Pierre Jeunet (2001)); « …toujours la même histoire… » (c’est faux); « c’est la même affiche ! » (pas faux); « …c’est la France Profonde »…etc

Bon. Peut-être…ça se discute sur certains points  mais trouver « Les Enfants du marais » (1999) pétainiste est insultant et blessant (en plus, cela fait très  » mots d’auteur » et Kasanski est loin d’en être un !) . Par contre, on oublie de souligner deux choses importantes dans la filmographie de Becker : la qualité de ses scénarios et de ses dialogues (souvent adaptés de romans), et le choix de son casting. Il a donné de très beaux rôles  à Jacques Villeret, Isabelle Adjani, André Dussolier, Albert Dupontel, Jean-Pierre Daroussin ou Vanessa Paradis, Suzanne Flon et Gérard Depardieu.

Oui c’est français, en province, souvent des » petites gens élevés aux grains et en plein air » qui boivent des coups et ronronnent dans la nature. Ca sent bon le joli terroir, les parfums, les boutanches au frais et la pêche aux grenouilles ou à l’écrevisse. C’est un hymne à la franche camaraderie et à l’amitié. Cela rappelle, parfois, certaines scènes des films de Jean Renoir et de Julien Duvivier (« La Grande Illusion »; « La Belle Equipe »…).

Mais pas quand c’est le portrait d’un publicitaire-quadra, au bord la dépression, qui « pète un câble » et s’en va mourir, auprès de son père ,dans « 2 jours à tuer » (2008). Ou Adjani, dans « L’été meurtrier », qui respire la vie au début mais vire au cauchemar et à la folie ensuite.

Ce que je reproche plutôt au cinéma de Jean Becker, c’est la facture de ses films que je trouve de plus en plus poussiéreuse et pas toujours heureuse (les cadres et la décoration font très « carton pate »). La lumière, sur ses derniers films, est plutôt moche (en progrès sur le dernier mais c’était mieux du temps d’Etienne Becker, frère et chef opérateur de Jean). Sinon, j’aime bien. Qu’on le veuille ou non, Becker a un style, « une patte ». C’est un vrai cinéaste.